L’acacia

Le geste en suspension d’une épopée mille fois millénaire
Le désert vaste scorie dans son infinie séparation
Et la mer armée en siège poussant ses chevaux aux murs de basalte

L’ombre resserrée bue jusqu’à la sève
L’air éboulis de chaleur en rouleaux
Et la tâche infinie des fourmis dans les pierres

Le temps en lutte par ce ciel de monolithe
Ces allures de colosses dans les moindres mouvements
Et parfois l’éclat fugace du métal au soleil

Les yeux mi-clos la main plus close encore
Entre deux doigts une longue épine d’acacia
Et la vie manuscrite d’une pointe travers l’air

Ces échos de déchirure dans la brise de terre
La vision brûlée de volutes en poussières
Et ce goût de sel témoignage de l’existence

La marche ourlée de mirages voilà l’Homme
Le voilà laissant l’acacia pour l’horizon
Et dans le lointain tremblant portant son feu

Les voilà les brûlures aux accents de fierté
Les marques du rêve forgé dans le silence
Et les premiers poèmes dans la cassure du langage

Le chaos si simple de la parole échappée
Le souffle d’oued portant aux confins des scholies
Et l’ambre murmurée entre des lèvres sèches

Le chant tissé de toutes les soifs tous les vertiges
La liqueur de quartz pour seule part de réel
Et l’ample roulis des plaines effondrées

La semaison du soir en lianes de lumière
Faisceaux de clartés braises dans la jungle céleste
Et l’espace renaissant sous le sceptre de l’ombre

La nuit pleine obscurité aux inflexions de promesse
Les étoiles sèmes pulvérisés pour étendre le monde
Et l’odeur de liberté au profond du ressac

La nuit côtière au refrain de récifs
Le rivage résonance de galets tragiques
Et la tortue aux ailes lumineuses de traversées

Le voilà ce cœur battant à l’instant de l’éveil
Les voilà ces yeux au fracas de vérité
Et ce pas mesuré dans le sillon des mots neufs

La récolte des idéaux à l’heure déchue des absolus
La clairvoyance lunaire des ostraca prophétiques
Et la première corde tendue par-dessus l’abîme

La part d’inconscience aux franges du matin
Le pas de funambule au surplomb du néant
Et l’effort salvateur de la main sur la roche

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